Bon, ca y est, je l'ai fait ! J'ai pedale seule dans le desert. Certaines journees furent horribles, d'autres jouissives. Je me suis meme perdue pendant toute une journee. Quelle experience !
Les deux premieres journee au Soudan ont ete extremement penibles: en plus de la chaleur intense, il a fallu pedaler sur des routes de tole ondulee ( ou planche a laver pour les quebecois) ou de sable mou. Donc quand ce n'etait pas le marteau piqueur, c'etait le poussage voire le portage de velo... Chaque kilometre fut un veritable supplice, et je les ai pedale pour tenir ma promesse. Vous vous souvenez ? Je pedale chaque kilometre achete...
Puis un jour, je me suis perdue. Je ne sais pas trop ce qu'il s'est passe, je crois que j'ai mal ecoute le briefing de la veille. Tant et si bien que j'ai rate une piste et au lieu de me rapprocher du Nil que nous longeons jusqu'a Addis Abbeba, je me suis eloignee vers l'Ouest, en plein Sahara et en velo !! Apres avoir marche et porte mon velo dans du sable tres mou a 45 celcius pendant 4 heures, tombe je ne sais pas combien de fois, chassee par deux chiens sauvages, un scorpion, et manque d'eau pendant deux heures, j'ai du me rendre a l'evidence: j'etais bel et bien perdue. Je trouvais bizzarre aussi que je ne vois aucune trace de velo depuis plusieurs heures. Il n'y avais que deux reponses a ce mystere : soit j'etais la premiere, soit j'etais perdue. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai retenu la seconde hypothese.... Fort heureusement il me restait des ressources et j'ai du sortir mes dernieres cartouches : mon instinct de Gazelle m'a miraculeusement emennee au bivouac a la tombee du jour. J'ai ete accueuillie comme une rescapee de l'enfer, car tout le monde etait tres inquiet.
Catavélo, 2006-02-04 13:46:19
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Tout ce qui se boit est une denree rare au Soudan. L'eau, pour commencer...
BIEN PIRE QUE CA: l'alcool est interdit pour cause de religion. C'est a dire qu'on n'en trouve nulle part, tout simplement. Vous vous rendez compte, pas un seul gin tonic depuis Assouan !!!! Il va donc falloir attendre d'entrer en Ethiopie pour boire quelque petit remontant.
Mais fort heureusement, de petites buvettes sont installees ca et la dans le desert, au detour d'une dune ou d'une montagne. Ce sont souvent de bonne surprises quand on vient de se taper 60 km sous un soleil de plomb... Parfois meme, on entend le son d'une generatrice, ce qui est tres bon signe: il y a un frigo et le coca est frais !! Juste pour vous donner une idee, avant hier il a fait 55 degres sur la route, et le soir a 20 heures, le thermometre indiquait 33 degres. Nous etions le 2 fevrier... Un petit grog avec ca ??
Pourquoi ne nous parle-t-on du Soudan que pour nous dire que c'est la guerre, la secheresse ou la famine ? Pourquoi personne ne nous dit que les gens sont beaux, gentils et accueillants, et que leur pays est bien plus propre que l'Egypte qui est une vraie poubelle ? Moi je vous le dis !
Catavélo, 2006-02-04 13:01:52
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Depuis le temps, vous avez compris qu'il n'y a pas de douche au bivouac, on n'est pas au Rallye des Gazelles ici ! Vous devez donc vous demander comment je fais pour me decrasser de la poussiere et de la sueur de la journee. J'ai mis au point un systeme tres pratique de lavabo que tout le monde a deja imite au bivouac. J'ai achete un bol a salade que je remplis de l'eau que je n'ai pas bue dans la journee. Je me trouve un endroit bien tranquille genre dans le creux d'une dune ou derriere un chameau. Et la, c'est le moment le plus plaisant de la journee. Je me decrasse superficiellement certes, mais assez pour me sentir toute neuve. Ahhhhhh ! L'autre jour, on a campe au bord du Nil et on avait un acces a l'eau, ce qui a permit a tout le monde de prendre un bain bien merite !
J'ai fini par abandonner mon idee de " du sable dans la tente ? pas question ", parce que c'est tout simplement im-po-ssible. Il y a du sable absolument partout, et des que le vent souffle un peu, l'interieur de la tente devient une vraie plage.
J'ai aussi laisse tomber mon ambition d'etre toujours propre, car c'est effectivement beaucoup trop ambitieux. Je suis crasseuse, mes vetements sont crasseux, mon drap blanc a pris la couleur de la route, mon duvet est crasseux, mes chaussettes blanches sont marrons, mes cheveux tiennent tout seuls sur la tete. Et je ne vois vraiment pas comment faire autrement, quand on voit les conditions auxquelles ont est soumis depuis notre entree au Soudan...
Dans la serie des renoncements, j'ai aussi abandonne mon statut de raisseure pour lequel je ne trouve franchement aucun interet. D'abord, les filles qui sont devant sont beaucoup trop fortes et je ne veux pas passer mon temps a les pourchasser. En plus, il faut partir a 8 heures, au signal et pas avant. Ensuite, il faut pedaler comme un fou sinon on est dernier et c'est la honte. Non. Je ne suis pas ici pour ca. Je retourne donc dans le confort du cycliste du dimanche qui peut partir quand il veut pouvu que le soleil soit leve.
Catavélo, 2006-02-04 12:33:59
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Tous les soirs, juste avant le souper, a lieu la Grand Messe ou tout le monde se reuni. Le grand pretre Randy nous fait son sermon du jour: il fait ses commentaires sur la journee qui vient de passer, annonce les gagnants du jour, met au point quelques details logistiques (du genre: comment utiliser efficacement le systeme de la Red Box, etc.), et sourtout nous parle du lendemain.
C'est donc a ce moment que les visages grimacent ou sourient quand on nous annonce le type de route ou l'on va devoir pedaler, la distance et le denivele. Parfois, le trace est dessine sur un tableau, sinon, on doit ecouter religieusement ou bien on risque de se perdre !
John, notre infirmier, profite de cette assemblee captive pour nous prodiguer ses conseils et ses recommandations, voire carrement nous engueler si l'un d'entre nous est deshydrate ! C'est qu'il est une veritable mere ce John. Il s'occupe tout le temps de tout le monde et passe nous voir tous les matins pour verifer si ca va.
Catavélo, 2006-02-04 12:19:19
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Non, ce n'est pas le nom d'un groupe de reggae ni celui d'un groupe de rock, mais celui de l'equipe logistique qui nous accompagne depuis notre entree au Soudan, et jusqu'au Cap.
Deux enormes camions et un pick-up, equipes parfaitement pour accompagner le genre d'expedition qu'est le TDA, sont conduits par 4 hommes et une femme. Des Sud Africains.. Ca leur a pris 19 jours pour aller du Cap a Wadi Halfa au Soudan. Ils sont bronzes commes des surfeurs, ont des mains caleuses de charpentiers, marchent pieds nus dans les epines et les cailloux, parlent et rient fort, et sont crasseux comme des mercenaires. Ils me font penser a ce gars, comment s'appelle-t-il deja? Mais si, celui qui a ecrit des livres, il y a Oro et il y a Sahara. Ca ne vous dit rien ? Telephonez a Nicolas, il saura vous dire lui. Bon enfin... Ils sont peu souriants, mais sont tout d meme gentisl. En tout cas ce sont des durs a cuire qui passent leur vie sur la route. Je ne sais meme pas si ils ont une maison quelque part sur cette planete.
Ils travaillent depuis 3 ans avec le Tour d'Afrique, et ont mis au point un systeme de rangement a l'efficacite implacable : la Red Box. Je vous explique: une boite rouge est distribuee a chaque cycliste. TOUTE SA VIE DOIT TENIR DEDANT. Vous avez compris ? La tente, le matelas, le sac de couchage, les vetements de velo, les affaires de toilette, les 36 pots de creme pour les fesses, la lampe frontale, le livre sur les etirements, les medicaments pour le paludisme, et la vitamine C de maman, les sandales pour le bivouac, etc. Tous les matins, on doit charger sa boite dans un casier qui est dans un des deux camions, et on la recupere le soir. Rien ne doit depasser de la boite. Tout ce qui ne rentre pas dedant doit aller dans un ''permanent bag" que les gars jettent sur le toit du camion. Le toit est bache, mais les sacs sont quand meme plein de poussiere... On ne nous les remet que lors de jours de conge.
Inutile de vous dire que mon organisation est chaotique. Comme le fameux sac noir, ma boite rouge ne ferme pas, et il faut que je transporte la tente a part. J'ai du tout repenser mon organisation lors de notre premiere journee de conge au Soudan, et ca m'a pris en effet toute la journee. J'ai du enlever les 4 rouleaux de papier-toilette qui ne me servent jamais, les 40 pots de creme, les vetements en trop, les livres que je n'ai pas le temps de lire, et tous les accessoires super utiles que je n'utilise jamais. Mais je suis bien fiere de moi: tout rentre maintenant, et je peux meme porter ma boite toute seule !
Catavélo, 2006-02-04 12:11:18
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Apres avoir traverse les deux barrages en convoi, nous voici arrives au port du Lac Nasser. On nous rend nos passeports qu'on nous avait demandes la veille, en nous demandant de faire la queue a une guerite pour remplir un formulaire. Un type passe pour arracher et jeter par terre deux ou trois coupons accroches a nos billets de bateau. Finalement, on ne doit plus faire la queue a la guerite, mais rendre nos pasaseports a nouveau. Vous n'y comprenez rien ? Je vous rassure, moi non plus et d'ailleurs il n'y a rien a comprendre. Bienvenue en Afrique !
Au signal d'un autre type qui nous beugle dessus comme si nous etions un troupeau de chevres, il faut descendre au debarcadere avec nos velos. Et la, le spectacle commence. Il est assez indescriptible, mais je vais essayer de vous en rendre la couleur.
Des camions surcharges de boites de victuailles, de sacs de riz et autres denrees, sont arretes pele-mele sur le debarcadere que plus personne ne controle. Des hommes crient en courant dans tous les sens. En fait, en Egypte, on ne parle pas mais on crie dans un arabe tres guttural... D'autres hommes dechargent les camions dans une anarchie complete. On se pousse, on pietine, on se bouscule, on crie.. Des sacs tombent en soulevant d'enormes nuages de poussiere. Quand je pense que tout doit etre charge sur le bateau, je me demande si on ne va pas etre un peu trop lourds...
Dans ce chaos invraissemblable, on nous indique l'endroit ou porter nos velos. Nous montons a bord du bateau et traversons une sale puante et crasseuse dans laquelle sont entasses des familles entieres de voyageurs... Je crois qu'a ce moment, tous les cyclistes ont secretement eu peur de devoir passer la nuit dans cette salle. Puis il a fallu porter son velo, monter deux escaliers jusqu'au pont superieur. Tout le monde degouline de sueur, certains rient, d'autres ont l'air effares.
C'est pas fini ! Il a fallu ensuite se frayer un passage a travers la cohue hurlante de dockers en djellabas pour aller chercher nos sacs dans le bus. D'autres camions, croulant sous le poids de leur chargement arrivent encore sur le debarcadere. Je suis de plus en plus inquiete: ils vont VRAIMENT charger tout ca sur notre bateau ? Les hommes continuent a courir dans tous les sens en criant et en se precipitant pour decharger les camions dans un capharnaum epouvantable. Jes trouve deux de mes sacs dans le bus et dans un elan de survie, je me fraye un passage sur le bateau. Ahhh ! nous avons des cabines !! Je me precipite pour en reserver une avec hublot, et cours chercher mon autre sac qui pese une tonne et demie. Tous les garcons cyclistes ont ete tres chics: ils ont fait la chaine pour decharger le bus et ont aide les dames du Tour a porter leurs sacs.
Je vous epargne d'autres details, mais j'espere que vous saisissez un peu l'atmosphere de chaos que nous avons vecue. Quand nous nous sommes retrouves dans la cabine, Huberte et moi, nous nous sommes regardees en riant: Nous sommes gluantes de sueur, recouvertes de crasse marron, et nos cheveux tiennent tout droit sur la tete tant ils sont sales. Nous ne sommes pas les seuls et retrouvons nos amis avec qui nous nous detendons enfin autour d'un bon coca.
Le voyage a ete sympatique, le capitaine a fait le muezin et nous a servi le the dans nos cabines.
Catavélo, 2006-02-04 08:09:03
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